Sur les vastes plateaux de la Sierra de Andia, en Navarre, se cachent d’étranges constructions de pierre dont l’origine et la fonction demeurent encore incertaines. Presque invisibles lorsque l’on marche à leur proximité, elles révèlent depuis les airs une étonnante organisation géométrique : cinq bras disposés autour d’un centre commun, formant une sorte d’étoile aux extrémités légèrement recourbées.
Ces structures ont reçu le nom de Bostburuak, un terme formé à partir des mots basques bost, « cinq », et buru, « tête ». Leur silhouette inhabituelle et leur présence dans un territoire particulièrement riche en vestiges préhistoriques ont naturellement suscité de nombreuses interrogations.
Bostburu de la Sierra de Andia en Navarre
Une découverte récente
Les premiers Bostburuak auraient été identifiés en 2009 par Juan Mari Martínez Txoperena, prospecteur et collaborateur de la Société des sciences Aranzadi.
En parcourant la Sierra de Andia, celui-ci remarqua un ensemble de pierres dont la disposition lui parut inhabituelle. Depuis le sol, il était cependant difficile d'en comprendre l'organisation générale. Une deuxième construction comparable fut ensuite observée à environ 255 mètres de la première.
L'étude des photographies aériennes permit alors de révéler leur véritable particularité : les pierres dessinaient de grandes figures régulières constituées de cinq branches rayonnant autour d'un point central.
Les deux structures présentaient également une disposition comparable, ce qui semblait exclure une accumulation totalement naturelle des pierres.
D'autres exemplaires furent ensuite repérés sur le plateau. En 2018, sept Bostburuak étaient signalés dans la Sierra de Andia.
Bostburu de la Sierra de Andia en Navarre
D'étranges étoiles de pierre
Les Bostburuak atteignent approximativement une vingtaine de mètres de diamètre.
Ils sont constitués de pierres disposées ou implantées dans le sol afin de former cinq branches. Certaines extrémités semblent légèrement incurvées, donnant à l'ensemble une silhouette très particulière.
Depuis le sol, pourtant, le monument est difficile à percevoir. La végétation, l'érosion et la faible hauteur des pierres empêchent d'en saisir immédiatement le dessin. Il faut prendre de la hauteur ou observer une photographie aérienne pour que la figure apparaisse dans son ensemble.
C'est probablement l'une des raisons pour lesquelles ces structures ont pu demeurer longtemps méconnues malgré le passage régulier des bergers et des randonneurs sur ces montagnes.
Deux d'entre elles sont notamment mentionnées sous les appellations Ritel 1 et Ritel 2.
Des monuments préhistoriques ?
La question de leur ancienneté est évidemment la plus fascinante, mais également la plus délicate.
La Sierra de Andia constitue depuis des millénaires un territoire de passage et de pâturage. Comme les massifs voisins d'Urbasa, elle conserve de nombreux vestiges archéologiques : dolmens, tumulus, menhirs et autres constructions de pierre témoignent d'une fréquentation ancienne de ces hauts plateaux.
Cette proximité avec des monuments préhistoriques pourrait naturellement conduire à attribuer les Bostburuak aux communautés protohistoriques ayant fréquenté ces montagnes.
Pourtant, aucune datation archéologique certaine ne permet actuellement d'affirmer que les Bostburuak sont des monuments mégalithiques ou qu'ils remontent à l'âge du Bronze.
Cette distinction est essentielle.
Dans les sierras d'Andia, d'Urbasa et des environs ont également été étudiées de grandes structures circulaires ou tumulaires, dont certaines ont livré des éléments archéologiques attribuables à l'âge du Bronze. Mais leur existence ne permet pas de dater automatiquement les Bostburuak de la même période.
Bostburu de la Sierra de Andia en Navarre
Des installations militaires ?
Une autre hypothèse a été avancée après leur signalement auprès des services patrimoniaux de Navarre.
Ces grandes figures auraient pu être liées à des activités militaires relativement récentes, notamment à des exercices ou à des dispositifs servant de repères pour les tirs d'artillerie.
Cette interprétation expliquerait leur forme géométrique, leurs grandes dimensions et le fait qu'elles soient particulièrement visibles depuis une certaine distance ou depuis les airs.
Juan Mari Martínez Txoperena a cependant exprimé des réserves concernant cette hypothèse. Il soulignait notamment l'absence apparente de certaines traces que l'on pourrait attendre autour de cibles militaires ainsi que la présence de constructions pastorales anciennes dans les environs.
La question reste donc ouverte.
Une fonction pastorale ou symbolique ?
La Sierra de Andia est depuis très longtemps parcourue par les troupeaux. Les bergers y ont laissé de nombreux témoignages : cabanes, enclos, murs de pierre et aménagements liés à l'exploitation des pâturages.
Il est donc également possible que les Bostburuak appartiennent à cet univers pastoral.
Mais leur forme particulièrement élaborée pose question. Pourquoi construire une figure possédant cinq branches ? Pourquoi répéter le même dessin à plusieurs endroits ?
Une fonction symbolique ou rituelle a également été évoquée. Leur silhouette pourrait rappeler une représentation solaire ou astrale, voire certains symboles traditionnels. Leur forme a parfois été rapprochée, avec beaucoup de prudence, d'un lauburu possédant cinq branches.
Cette comparaison demeure cependant purement morphologique et ne constitue en aucun cas une preuve de leur fonction ou de leur ancienneté.
La Sierra de Andia est depuis très longtemps parcourue par les troupeaux
Un territoire occupé depuis la Préhistoire
Quelle que soit leur origine, les Bostburuak s'inscrivent dans un paysage archéologique exceptionnel.
Les hauts plateaux d'Andia et d'Urbasa furent fréquentés dès la Préhistoire. À partir du Néolithique puis durant les âges des Métaux, les communautés pastorales utilisèrent progressivement ces espaces d'altitude.
Les dolmens et les tumulus qui parsèment encore aujourd'hui ces montagnes témoignent notamment de pratiques funéraires et d'une appropriation durable du territoire.
Les monuments mégalithiques ne doivent donc pas être considérés comme des constructions isolées. Ils appartiennent à un véritable paysage pastoral préhistorique, organisé autour des pâturages, des points d'eau, des voies naturelles de circulation et probablement de territoires fréquentés saisonnièrement.
C'est dans cet environnement que se trouvent aujourd'hui les Bostburuak.
Mais cette proximité avec les monuments préhistoriques ne suffit pas à leur attribuer la même ancienneté.
Bostburu de la Sierra de Andia en Navarre
Un mystère archéologique encore irrésolu
Plus d'une quinzaine d'années après leur identification, les Bostburuak continuent ainsi de poser davantage de questions qu'ils n'apportent de réponses.
S'agit-il de constructions pastorales ?
De repères militaires ?
De monuments symboliques ?
Ou de structures beaucoup plus anciennes dont la fonction nous échappe aujourd'hui ?
Seules des recherches archéologiques approfondies pourraient permettre de trancher. L'étude stratigraphique des pierres et du sol, la recherche de mobilier archéologique, l'analyse des éventuelles structures centrales et surtout l'obtention d'éléments susceptibles d'être datés permettraient peut-être un jour d'en préciser l'origine.
En attendant, il convient donc de rester prudent : les Bostburuak ne peuvent pas être présentés comme des monuments préhistoriques avérés.
Ils constituent néanmoins l'un des ensembles de pierres les plus singuliers de la Sierra de Andia.
Difficiles à distinguer au milieu des pâturages lorsqu'on les observe depuis le sol, mais révélant depuis les airs leurs étonnantes silhouettes à cinq branches, ils ajoutent encore un peu de mystère à ces montagnes navarraises où les traces laissées par les hommes se superposent depuis plusieurs millénaires.
Les Bostburuak de la Sierra de Andia en Navarre
Sources et bibliographie
- Iñaki Vigor, « Bostburuak, las enigmáticas figuras de la sierra de Andia », Naiz / GARA, 4 février 2018.
- Travaux et prospections de Juan Mari Martínez Txoperena dans les sierras navarraises d'Andia, Urbasa et Saldise.
- Philippe Laplace, Mystère des mégalithes en Pays Basque, Malta Édition.
- Société des sciences Aranzadi, travaux et publications consacrés au patrimoine archéologique et mégalithique de Navarre.
- Gouvernement de Navarre, documentation et inventaires concernant le patrimoine archéologique de la Sierra de Andia.
- Documentation cartographique et photographies aériennes de la Sierra de Andia.
Ajouter un commentaire
Commentaires