La Montagne de Larla, fortifications mystérieuses et mines de fer, 2000 ans d’histoire au Pays Basque

Au-dessus de Saint-Martin-d'Arrossa, le massif de Larla abrite l'un des ensembles archéologiques les plus remarquables du Pays basque. Deux mystérieuses enceintes fortifiées dominent la montagne, tandis que sous leurs pieds s'étendent les vestiges d'une des plus anciennes exploitations de fer des Pyrénées.

Pendant longtemps, ces deux patrimoines ont été étudiés séparément. Aujourd'hui encore, une question demeure : les fortifications de Larrango et Urchilo étaient-elles liées à l'exploitation du minerai de fer de Larla ?

Une énigme qui continue de passionner les archéologues.

Les enceintes fortifiées d'Urxilo et de Larrango, avec les crêtes d'Iparla en arrière-plan.

À quelques centaines de mètres l'une de l'autre, Larrango et Urchilo occupent deux petits sommets dominant les vallées autour de Saint-Martin-d'Arrossa.

Découverts dans les années 1980 par l'archéologue François Gaudeul, ces deux sites présentent des caractéristiques très similaires et semblent avoir été conçus selon le même principe défensif.

Larrango

Situé à environ 579 mètres d'altitude, Larrango est installé sur un éperon rocheux naturellement protégé par des falaises.

Le seul accès véritablement vulnérable est fermé par un impressionnant mur construit avec de grandes dalles de grès atteignant près de trois mètres d'épaisseur.

Ce type d'aménagement est appelé un éperon barré : les bâtisseurs utilisaient les défenses naturelles du relief afin de limiter les constructions tout en assurant une excellente protection.

Urchilo

À environ 300 mètres au sud, Urchilo présente une organisation presque identique.

Là encore, une enceinte ferme le côté le plus accessible tandis que les falaises protègent naturellement le reste du site.

L'ensemble laisse penser que les deux fortifications formaient un dispositif complémentaire surveillant les accès au massif.

Lorsque François Gaudeul découvre ces enceintes, il propose qu'elles remontent à l'âge du Fer.

Cette hypothèse paraît cohérente : un important gisement de fer existe sur le massif de Larla et ces fortifications auraient pu servir à protéger les populations ou à contrôler l'exploitation du minerai.

Pourtant, les fouilles archéologiques n'ont livré aucun élément permettant de confirmer cette datation.

Aucune céramique, aucun outil, aucun objet métallique ni aucune trace d'habitat permanent n'ont été retrouvés à l'intérieur des enceintes.

Seul un sondage effectué à Urchilo révèle un défrichement datant du XIIIᵉ siècle, sans qu'il soit possible de relier cette activité à la construction des murs.

Aujourd'hui, les chercheurs restent prudents : l'origine protohistorique demeure une hypothèse séduisante, mais elle n'est toujours pas démontrée.

Les Mines de Larla

Sous ces mystérieuses fortifications s'étend un patrimoine tout aussi exceptionnel : les anciennes mines de Larla.

Le massif renferme un important filon de sidérite, un minerai de fer qui s'étend sur près de trois kilomètres entre les secteurs de Larraburu et Pikasari.

Les recherches archéologiques montrent que son exploitation débute dès le IIIᵉ siècle avant notre ère, à la fin de l'âge du Fer.

Les premiers mineurs ouvrent alors de vastes excavations à ciel ouvert avant de creuser progressivement des galeries souterraines afin de suivre les filons les plus riches.

Larla devient rapidement l'un des principaux centres sidérurgiques des Pyrénées occidentales.

Les fouilles ont permis d'identifier :

  • plus de 3 kilomètres de travaux miniers encore visibles ;
  • près de 60 ateliers gallo-romains où le minerai était transformé en fer ;
  • plusieurs galeries antiques ;
  • des haldes, ces immenses amas de déblais issus de l'exploitation ;
  • des zones de concassage et de réduction du minerai.

Les spécialistes estiment qu'environ 2 000 tonnes de fer ont été produites entre la fin de l'âge du Fer et l'époque romaine, ce qui représente une activité considérable pour un site de montagne.

Après plusieurs siècles d'abandon, les mines connaissent une renaissance à partir de 1825.

De nouvelles galeries sont creusées, des bâtiments industriels sont construits et un câble aérien permet d'acheminer le minerai jusqu'à la vallée.

Ces installations sont encore visibles aujourd'hui et complètent les vestiges beaucoup plus anciens.

Le mur de défense de Larrango et le massif de Larla.

Les fortifications protégeaient-elles les mines ?

C'est la question qui anime toujours les chercheurs.

La proximité immédiate entre Larrango, Urchilo et les anciennes exploitations minières est frappante. Depuis leurs positions dominantes, les deux enceintes contrôlent naturellement les accès au massif.

Il est donc tentant d'imaginer qu'elles participaient à la protection d'un territoire particulièrement riche en minerai de fer.

Mais en l'absence de preuves archéologiques formelles, cette interprétation reste une hypothèse.

Peut-être servaient-elles de refuge, de poste de surveillance ou de lieu de contrôle. Peut-être avaient-elles une toute autre fonction que nous ignorons encore.

C'est précisément ce mystère qui fait aujourd'hui tout l'intérêt de ces deux sites.

Le massif de Larla constitue aujourd'hui l'un des plus grands sites archéologiques du Pays basque. Il rassemble sur une même montagne des vestiges de l'âge du Fer, de l'époque romaine et de la révolution industrielle, auxquels s'ajoutent deux fortifications dont l'origine reste encore à élucider.

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