Les cromlechs du col de Pittare

Entre les sommets du Xoldokogaina et du Mandalé, sur le tracé du GR®10 reliant Biriatou au col d'Ibardin, le col de Pittare, également appelé col des Poiriers, abrite un patrimoine archéologique aussi discret qu'exceptionnel. La plupart des randonneurs passent à quelques mètres de ces vestiges sans en soupçonner l'existence. Ces monuments funéraires, appelés cromlechs ou harrespilak en basque, comptent parmi les vestiges les plus remarquables de la Protohistoire des Pyrénées occidentales et rappellent la présence des premières communautés pastorales qui parcouraient ces montagnes.

Contrairement aux célèbres cromlechs britanniques comme Stonehenge, ceux du Pays basque sont de dimensions modestes. Leur simplicité cache pourtant une fonction essentielle : ils étaient des monuments funéraires destinés à accueillir les restes incinérés des défunts des communautés pastorales qui occupaient les montagnes entre la fin de l'âge du Bronze et le début de l'âge du Fer.

Le col de Pittare ou des Poiriers

Un site découvert au XXe siècle

Le site mégalithique du col de Pittare est identifié en 1936 par les frères Dop, passionnés d'archéologie locale. Peu après, le célèbre préhistorien basque José Miguel de Barandiaran entreprend les premières études et décrit quatre monuments.

Dans les années 1960, l'archéologue Luzien Jacques Blot poursuit les recherches. Ses prospections permettent de découvrir plusieurs autres structures et de mieux comprendre l'organisation de cet ensemble mégalithique. Aujourd'hui, Pittare est considéré comme l'un des nombreux sites funéraires qui jalonnent les crêtes du Pays basque.

Les tumulus cromlechs du col de Pittare

Des monuments modestes mais riches de sens

Les tumulus-cromlechs de Pittare mesurent généralement entre quatre et huit mètres de diamètre. Ils associent deux éléments caractéristiques : un tumulus, constitué d'un petit amas de terre et de pierres recouvrant la sépulture, et un cromlech, formé d'un cercle de pierres dressées (harrespil en basque) délimitant l'espace funéraire.

Au centre du monument se trouve une ciste, un petit coffre aménagé avec des dalles de pierre. C'est dans cette cavité que les archéologues retrouvent parfois les vestiges de la crémation : quelques fragments d'os calcinés mêlés à des cendres et, plus rarement, de modestes objets déposés lors des funérailles. Ces pratiques funéraires sont caractéristiques de la fin de l'âge du Bronze et du début de l'âge du Fer, entre 1200 et 600 avant notre ère.

Les tumulus cromlechs du col de Pittare

Les fouilles de Jacques Blot

À la fin des années 1970, la création d'une piste forestière menace une partie des monuments du col de Pittare. Une fouille de sauvetage est alors menée par Jacques Blot sur l'un des tumulus-cromlechs.

Les recherches confirment la présence d'un cercle de pierres soigneusement aménagé autour d'un petit cairn central. Sous celui-ci apparaît une structure funéraire contenant des traces de combustion correspondant au rite de la crémation.

Ces découvertes viennent confirmer ce que les archéologues observent sur de nombreux autres sites basques : les cromlechs ne sont pas des observatoires astronomiques ni des lieux de culte monumentaux, mais bien des monuments funéraires. (voir le reportage Jacques Blot (1933-2021), pionnier de l’archéologie protohistorique basque)

Le col de Pittare avant les fouilles de 1977

Le tumulus cromlech de Pittare durant les fouilles de Jacques Blot en 1977

Coupe et plan du tumulus cromlech du Col de Pittare.

Pourquoi construire ces monuments sur les cols ?

L'un des aspects les plus fascinants des cromlechs basques est leur implantation. Ils sont presque toujours situés sur des cols, des lignes de crête ou des plateaux d'altitude fréquentés depuis des millénaires par les troupeaux.

Le col de Pittare constituait un passage naturel entre les vallées françaises et navarraises. Ces itinéraires étaient empruntés chaque année lors de la transhumance, lorsque les bergers conduisaient leurs troupeaux vers les estives.

Pour les archéologues, il ne s'agit probablement pas d'un hasard. Les défunts étaient enterrés dans des lieux connus de tous, fréquentés génération après génération. Ces monuments pouvaient ainsi servir de repères territoriaux tout en perpétuant la mémoire des ancêtres.

Le col de Pittare ou des Poiriers

Une tradition propre aux Pyrénées occidentales

Les cromlechs de Pittare appartiennent à une tradition funéraire presque exclusivement présente dans les Pyrénées basques. On en recense aujourd'hui plus d'un millier répartis entre le Pays basque français et la Navarre.

Chaque nouveau site étudié contribue à mieux comprendre le mode de vie de ces communautés montagnardes qui ont façonné les paysages bien avant l'époque romaine.

Un patrimoine fragile

Les cromlechs sont souvent difficiles à distinguer dans la végétation. Beaucoup ont souffert des travaux forestiers, de l'ouverture de pistes ou simplement de l'érosion naturelle.

Leur préservation dépend aujourd'hui du respect des visiteurs. Il est essentiel de ne déplacer aucune pierre, de rester sur les sentiers lorsque cela est possible et de considérer ces cercles de pierres comme de véritables monuments archéologiques, même s'ils paraissent modestes.

Chaque pierre est à sa place depuis près de trois mille ans.

Bibliographie

  • Barandiaran, José Miguel de (1953). El hombre prehistórico en el País Vasco. Editorial Ekin, Buenos Aires.
  • Blot, Jacques (1979). Les cromlechs pyrénéens. Bulletin du Musée Basque, Bayonne.
  • Blot, Jacques (1993). Archéologie et Montagne Basque. Éditions Elkarlanean, Bayonne.
  • Blot, Jacques (1994). « Les monuments funéraires protohistoriques des Pyrénées occidentales ». Bulletin de la Société Préhistorique Française.
  • Peñalver Iribarren, Xabier (2001). El hábitat protohistórico en Euskal Herria. Sociedad de Ciencias Aranzadi, Saint-Sébastien.
  • Roussot-Larroque, Julia (dir.) (2008). L'âge du Bronze en France. Éditions Errance, Paris.

Ressources en ligne

  • HAL – Archives ouvertes : Jacques Blot, "Les tumulus-cromlechs de Pittare (Biriatou, Pyrénées-Atlantiques)".
    https://hal.science/
  • Société de Sciences, Lettres et Arts de Bayonne.
    https://www.sslab.fr
  • Société des Sciences Aranzadi (Espagne), spécialisée dans les recherches archéologiques sur les Pyrénées occidentales.
    https://www.aranzadi.eus

Le Col de Pittare au pied du Xoldokogaina

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