Sur les hauteurs qui dominent la vallée d'Hergaray, entre Mendive et Béhorléguy, le regard des visiteurs est naturellement attiré par le dolmen d'Armiague, situé en bordure de la route reliant Mendive à Ahusquy. Ce monument funéraire du Néolithique figure parmi les plus beaux mégalithes du Pays basque intérieur. Pourtant, à seulement 200 mètres de là, un autre vestige préhistorique, beaucoup plus discret, mérite toute notre attention : le menhir d'Armiague. Longtemps méconnu, ce bloc dressé fait aujourd'hui l'objet de recherches qui pourraient bien modifier notre compréhension des origines du mégalithisme dans les Pyrénées occidentales.
Longtemps passé inaperçu, ce monument fait aujourd'hui l'objet d'un intérêt croissant de la part des archéologues. Les recherches menées depuis plusieurs années dans le cadre du Projet collectif de recherche (PCR) Mégalithisme et territoires dans les Pyrénées nord-occidentales ont profondément renouvelé les connaissances sur ce site exceptionnel.
Le menhir d'Armiague et le Béhorleguy
Une pierre dressée longtemps ignorée
Contrairement au dolmen, connu depuis le XIXᵉ siècle, le menhir n'a été identifié comme monument mégalithique que récemment. Son aspect naturel explique sans doute pourquoi il est longtemps resté absent des inventaires.
Il s'agit d'un bloc de grès local qui n'a pratiquement pas été façonné. Les bâtisseurs néolithiques ont choisi une pierre déjà présente dans son environnement avant de la redresser et de la stabiliser dans une fosse spécialement aménagée.
Les fouilles réalisées en 2021 ont permis de mettre en évidence cette fosse de calage ainsi que les dispositifs destinés à maintenir la pierre en position verticale. Ces observations démontrent que le bloc n'est pas un simple rocher naturel, mais bien une pierre volontairement érigée par l'homme.
Un monument plus ancien que le dolmen ?
L'une des découvertes les plus intéressantes concerne l'âge du monument.
Les archéologues pensent que le menhir pourrait appartenir au Néolithique moyen II, entre environ 4200 et 3700 avant notre ère. Il serait donc antérieur au dolmen voisin, construit quelques siècles plus tard, au cours du Néolithique récent.
Cette hypothèse change notre vision du site. Le secteur d'Armiague ne serait pas devenu un lieu sacré avec la construction du dolmen : il l'était déjà auparavant grâce à l'existence d'une pierre dressée marquant probablement un espace symbolique ou cérémoniel.
Cette succession entre un menhir et un dolmen est connue dans plusieurs régions d'Europe, mais elle demeure encore rare et peu documentée dans les Pyrénées occidentales.
Le menhir d'Armiague et le Béhorleguy
Une pierre réemployée dans le dolmen
Les recherches ont également révélé un fait particulièrement remarquable.
La dalle de chevet du dolmen d'Armiague pourrait avoir été, à l'origine, une ancienne pierre dressée. Les bâtisseurs auraient ainsi récupéré un monument plus ancien pour l'intégrer à la nouvelle tombe collective.
Ce phénomène de réemploi n'est pas anodin. Il montre que les populations néolithiques accordaient une valeur particulière à certaines pierres, dont le caractère symbolique était suffisamment fort pour être conservé dans un nouveau monument.
Cette continuité des pratiques religieuses constitue aujourd'hui l'une des pistes de recherche les plus prometteuses concernant le mégalithisme pyrénéen.
À quoi servait un menhir ?
La fonction exacte des menhirs demeure encore débattue.
Contrairement aux dolmens, qui sont des monuments funéraires, les pierres dressées semblent avoir rempli d'autres rôles :
- marquer un territoire ;
- signaler un lieu de rassemblement ;
- servir de repère dans le paysage ;
- matérialiser un espace sacré ;
- accompagner certaines cérémonies liées aux communautés néolithiques.
Dans le cas d'Armiague, la proximité immédiate entre le menhir et le dolmen suggère que le lieu a conservé sa fonction symbolique pendant plusieurs siècles. Les générations suivantes auraient choisi d'installer leur tombe monumentale sur un espace déjà considéré comme important.
Le menhir d'Armiague
Une découverte qui renouvelle le mégalithisme basque
Le menhir d'Armiague ne possède pas les dimensions spectaculaires des grandes pierres dressées de Bretagne. Son intérêt est ailleurs.
Il apporte une preuve supplémentaire que les premières manifestations du mégalithisme dans les Pyrénées occidentales sont plus anciennes qu'on ne le pensait. Il montre également que les paysages de montagne étaient déjà profondément aménagés et investis par les communautés néolithiques bien avant la construction des grands dolmens.
Aujourd'hui encore, cette pierre demeure discrète. Beaucoup de visiteurs passent devant sans la remarquer. Pourtant, elle constitue probablement l'un des plus anciens témoins de la monumentalisation du paysage dans le Pays basque intérieur.
À Armiague, le dolmen attire naturellement le regard. Mais le véritable pionnier du site est peut-être cette pierre dressée, silencieuse depuis plus de six mille ans, qui commence seulement à révéler son histoire grâce aux recherches archéologiques les plus récentes.
Bibliographie
- MARTICORENA, P. (dir.), Mégalithisme et territoires dans les Pyrénées nord-occidentales. Rapport final du Projet collectif de recherche (2020-2022), Direction régionale des Affaires culturelles Nouvelle-Aquitaine et Occitanie, Service régional de l'Archéologie, 2023.
- MARTICORENA, P., Les premiers paysans de l'ouest des Pyrénées, Éditions ZTK, Baigorri, 2014.
- MARTICORENA, P. (dir.), Structures dolméniques et territoires dans les Pyrénées nord-occidentales, rapports annuels de PCR (2015-2019), DRAC Nouvelle-Aquitaine.
- MENS, E., MARTICORENA, P., ARD, V. et al., « Nouvelles données sur le mégalithisme des Pyrénées nord-occidentales », Actes des XIIe Rencontres méridionales de Préhistoire récente, Archives d'Écologie Préhistorique, 2018.
- MENS, E., PONCET, D., MARTICORENA, P., « Apports de la géologie et de la géomorphologie à l'étude du mégalithisme : identifier, interpréter, dater », L'Anthropologie, vol. 126, n° 5, 2022.
Le menhir d'Armiague
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