Dominant aujourd’hui l’océan Atlantique, le phare de Biarritz se dresse sur le cap Saint-Martin, l’un des promontoires les plus emblématiques de la côte basque. Mais sous le phare et dans les falaises qui l’entourent se cache un patrimoine beaucoup plus ancien : plusieurs cavités naturelles ayant conservé les traces d’occupations humaines remontant à la Préhistoire récente.
La grotte du Phare constitue ainsi un site archéologique particulièrement précieux pour comprendre les populations qui fréquentaient le littoral basque à la fin du Néolithique et durant l’âge du Bronze.
Contrairement aux dolmens, tumulus et cromlechs qui témoignent essentiellement des pratiques funéraires et rituelles de ces sociétés, les grottes du Phare nous rapprochent davantage de leur vie quotidienne : foyers, poteries, restes d'animaux, coquillages et objets de parure permettent d'entrevoir la manière dont ces hommes et ces femmes vivaient et exploitaient les ressources du littoral il y a plusieurs milliers d'années.
Un réseau de grottes sous le cap Saint-Martin
La principale grotte archéologique s'ouvre dans les falaises du cap Saint-Martin, à quelques mètres seulement au-dessus du niveau actuel de l'océan.
Son entrée est tournée vers l'ouest, face à l'Atlantique.
Mais la cavité que nous connaissons aujourd'hui ne représente probablement qu'une partie d'un réseau autrefois beaucoup plus développé. L'archéologue Claude Chauchat, qui consacra d'importantes recherches au site, signalait plusieurs autres cavités autour du cap.
Depuis des millénaires, les vagues, les tempêtes et l'érosion attaquent continuellement les falaises de Biarritz. Le recul progressif du trait de côte a ainsi probablement détruit une partie des anciennes galeries.
Le paysage observé par les populations préhistoriques était donc sensiblement différent de celui que nous connaissons aujourd'hui. Certaines cavités aujourd'hui ouvertes directement sur l'océan pouvaient alors se trouver davantage en retrait dans la falaise.
Le réseau exploré par les archéologues comprend plusieurs espaces désignés comme les salles I, II, III et IV, reliées par différentes galeries.
Repères chronologiques : du Néolithique à l’âge du Bronze
Néolithique – env. 6000 à 3000 av. J.-C.
Développement progressif de l’agriculture et de l’élevage. Les communautés deviennent plus sédentaires et les premiers monuments mégalithiques apparaissent au Pays Basque.
Néolithique final – env. 3000 à 2500 av. J.-C.
Les dolmens et tumulus occupent désormais certains paysages. Les grottes du Phare de Biarritz connaissent plusieurs phases de fréquentation humaine.
Chalcolithique – env. 2500 à 2200 av. J.-C.
Période de transition durant laquelle apparaissent les premiers objets en cuivre, tandis que l’outillage en pierre reste largement utilisé. Un niveau de la grotte du Phare est daté autour de 2400-2300 av. J.-C.
Âge du Bronze – env. 2200 à 800 av. J.-C.
L’utilisation du bronze se développe progressivement. L’élevage, l’agriculture et les échanges occupent une place importante dans l’économie des communautés.
Bronze final – env. 1350 à 800 av. J.-C.
Les grottes du Phare sont de nouveau fréquentées. Dans les Pyrénées occidentales se développent progressivement de nouvelles pratiques funéraires qui conduiront notamment à l’utilisation de tumulus et de cercles de pierres.
À retenir : les grottes du Phare permettent de suivre plusieurs épisodes de fréquentation humaine du littoral de Biarritz entre la fin du Néolithique et l’âge du Bronze, offrant un précieux complément aux monuments mégalithiques conservés dans l’intérieur du Pays Basque.
Des hommes sur le littoral dès le Néolithique
Les fouilles ont révélé plusieurs phases de fréquentation de la grotte.
Les plus anciennes occupations étudiées appartiennent à la fin du Néolithique, période durant laquelle les communautés humaines du Pays Basque pratiquent depuis longtemps l'agriculture et l'élevage tout en continuant à exploiter les ressources naturelles disponibles.
À cette époque, les montagnes basques voient également se développer les grandes architectures mégalithiques. Les populations construisent des dolmens et des tumulus, monuments destinés notamment aux pratiques funéraires collectives.
Sur le littoral, les grottes du cap Saint-Martin témoignent d'une autre facette de leur existence.
Certaines occupations de la grotte se situent durant le IIIe millénaire avant notre ère, à la transition entre le Néolithique final et le Chalcolithique, ou âge du Cuivre.
Un niveau archéologique particulièrement intéressant a notamment été attribué au XXIVe siècle avant notre ère, soit aux environs de 2400-2300 avant J.-C.
Il y a donc plus de 4 000 ans, des hommes fréquentaient déjà les cavités situées sous l'actuel phare de Biarritz.
Des foyers au fond des grottes
L'une des découvertes les plus évocatrices est celle de foyers préhistoriques.
La présence de charbon et de traces de combustion montre que les occupants allumaient des feux à l'intérieur des cavités.
Autour de ces zones ont été retrouvés différents vestiges : fragments de poteries, ossements d'animaux, coquillages ainsi que des éléments de parure.
Ces découvertes permettent d'imaginer de petits groupes installés temporairement dans la grotte, autour d'un feu, préparant leurs aliments et utilisant les ressources disponibles à proximité.
Il ne faut toutefois pas nécessairement imaginer un village permanent installé sous terre.
Les archéologues envisagent plutôt, pour certaines phases, des séjours temporaires ou répétés, éventuellement liés à des activités particulières pratiquées sur le littoral.
Les ressources de l'océan
La présence de nombreux restes de mollusques constitue l'une des caractéristiques particulièrement intéressantes du site.
Les populations préhistoriques qui fréquentaient les grottes exploitaient manifestement les ressources offertes par l'océan et l'estran.
À marée basse, les rochers situés autour du cap Saint-Martin devaient offrir de nombreuses possibilités de collecte : coquillages, crustacés et autres ressources marines venaient compléter les produits issus de la chasse, de l'élevage ou de l'agriculture.
Les coquillages retrouvés par les archéologues ont donc une double importance.
Certains correspondent à des déchets alimentaires, tandis que d'autres ont pu être sélectionnés ou transformés afin de fabriquer des éléments de parure.
L'étude de ces restes, appelée malacologie, permet de mieux comprendre l'environnement marin de l'époque mais également les habitudes alimentaires et les activités humaines.
Des objets de parure
Les fouilles ont également livré différents objets de parure.
Parmi eux figurent notamment des perles réalisées en calcaire ou en calcite, auxquelles s'ajoutent des éléments utilisant des matières provenant du milieu marin.
Ces petits objets sont particulièrement précieux pour les archéologues.
Ils témoignent du soin accordé à l'apparence et à l'ornementation corporelle, mais peuvent également révéler l'existence de traditions culturelles et éventuellement d'échanges avec d'autres communautés.
Ces populations ne vivaient en effet pas isolées. Les vallées, les cols pyrénéens, les cours d'eau et le littoral constituaient autant de voies permettant la circulation des hommes, des matières premières et des idées.
Une nouvelle occupation à l'âge du Bronze
L'histoire de la grotte ne s'arrête pas avec la fin du Néolithique.
Après les occupations du IIIe millénaire avant notre ère, les cavités sont de nouveau fréquentées durant l'âge du Bronze.
Les fouilles modernes ont notamment identifié des niveaux appartenant au Bronze final, c'est-à-dire aux derniers siècles du IIe millénaire et au début du Ier millénaire avant notre ère.
Plusieurs phases du Bronze final ont été reconnues par les archéologues.
Ces occupations sont particulièrement intéressantes car elles sont contemporaines du développement de nouveaux monuments dans les montagnes du Pays Basque.
Durant l'âge du Bronze et au début de l'âge du Fer apparaissent notamment de nombreux tumulus et cercles de pierres, généralement appelés cromlechs pyrénéens, associés aux pratiques funéraires des communautés pastorales.
Les grottes du Phare constituent donc un précieux complément aux monuments mégalithiques de l'intérieur du territoire.
Les uns nous renseignent sur la mort et les rites funéraires ; les autres permettent d'approcher davantage la vie quotidienne des populations.
Des découvertes archéologiques anciennes
L'intérêt archéologique des grottes du Phare est connu depuis longtemps.
Des recherches et des découvertes y sont signalées dès la fin du XIXe siècle, notamment à partir de 1888.
Au fil du temps, différents chercheurs, érudits et archéologues se sont intéressés aux cavités du cap Saint-Martin.
Selon les données présentées par l'Aquarium de Biarritz, les différentes recherches menées dans les grottes auraient permis de recueillir plusieurs milliers de vestiges, témoignant de la richesse archéologique du secteur.
Mais les méthodes utilisées par les premiers chercheurs étaient naturellement très différentes de celles de l'archéologie moderne.
Il faudra attendre les recherches plus récentes pour mieux comprendre l'organisation des dépôts et la succession des différentes occupations.
Les recherches de Claude Chauchat
Une étape essentielle dans la connaissance du site est liée aux travaux de l'archéologue Claude Chauchat.
Spécialiste reconnu de la Préhistoire, il étudia notamment la galerie principale et publia en 1984, dans le Bulletin de la Société préhistorique française, une étude intitulée :
La grotte du Phare à Biarritz, premiers résultats.
Ses recherches contribuèrent à préciser la configuration de la cavité, la nature des dépôts archéologiques et l'importance du site pour la connaissance de la Préhistoire récente du littoral basque.
Claude Chauchat souligna également l'importance de l'érosion marine dans l'évolution du réseau souterrain.
La grotte actuelle ne serait ainsi que le vestige d'un ensemble plus important progressivement amputé par le recul de la falaise.
Les fouilles de 1998 à 2000
Une nouvelle étape importante commence à la fin des années 1990.
En 1998, l'archéologue Fabrice Marembert, accompagné notamment de Patrice Dumontier et Géraldine Delfour, reprend l'étude du réseau.
L'un des objectifs consiste alors à déterminer si des niveaux archéologiques intacts subsistent malgré les nombreuses recherches réalisées auparavant.
Les résultats se révèlent particulièrement intéressants.
Dans certaines parties de la cavité, notamment dans la salle II, les archéologues mettent en évidence une stratigraphie encore bien conservée.
Plusieurs niveaux ou sols d'occupation peuvent être distingués.
Les fouilles se poursuivent en 1999 et 2000, notamment dans les salles III et IV.
Cette fois, l'étude ne repose plus uniquement sur les objets découverts.
De nombreuses disciplines sont associées aux recherches : étude des charbons de bois, des pollens, de la faune, des coquillages, des céramiques et des traces éventuelles de métallurgie.
Cette approche permet de reconstituer progressivement l'environnement dans lequel vivaient les occupants des grottes.
Une fenêtre ouverte sur la vie quotidienne
L'intérêt majeur des grottes du Phare réside précisément dans cette possibilité d'approcher la vie quotidienne des populations préhistoriques.
Dans les montagnes du Pays Basque, les vestiges les plus spectaculaires de cette époque sont souvent les monuments funéraires.
Les dolmens témoignent principalement des pratiques sépulcrales des communautés du Néolithique et des périodes suivantes.
Plus tard, les tumulus et cromlechs pyrénéens illustrent d'autres formes de pratiques funéraires et rituelles.
Mais où vivaient réellement ces populations ?
Les traces d'habitat sont généralement beaucoup plus discrètes.
Les constructions réalisées en bois, en terre ou avec des matériaux végétaux ont presque entièrement disparu.
Les grottes constituent donc des archives exceptionnelles, car leurs sédiments peuvent conserver pendant des millénaires les déchets et les objets abandonnés par leurs occupants.
À Biarritz, un simple morceau de poterie, un os brûlé, une coquille ou quelques fragments de charbon peuvent ainsi raconter une partie de la vie d'un groupe humain installé sur la côte basque il y a plus de quatre millénaires.
Entre océan et montagne
Les grottes du Phare permettent également de rappeler que les sociétés préhistoriques du Pays Basque ne vivaient pas uniquement dans les montagnes.
Leur territoire s'étendait des sommets pyrénéens jusqu'à l'océan.
Les vallées permettaient de circuler entre ces différents milieux tandis que les populations exploitaient des ressources complémentaires : élevage et pâturages, chasse, agriculture, bois, pierre, rivières et ressources marines.
Sur les hauteurs apparaissent progressivement dolmens et tumulus. Si ces monuments sont aujourd’hui principalement conservés dans les zones montagneuses et les reliefs de l’intérieur, rien ne permet d’exclure l’existence passée de constructions mégalithiques sur le littoral basque, aujourd’hui disparues sous l’effet de l’érosion, de l’évolution du trait de côte et de l’urbanisation.
Sur le littoral, les grottes offrent des abris naturels permettant des occupations temporaires ou répétées.
Les hommes qui fréquentaient les cavités du cap Saint-Martin appartenaient ainsi au même vaste monde préhistorique que ceux qui construisirent les monuments mégalithiques encore visibles aujourd'hui dans les montagnes basques.
Un paysage aujourd'hui disparu
Il faut enfin faire un effort d'imagination pour retrouver le paysage qu'observaient les occupants de la grotte.
Le phare n'existait évidemment pas, pas plus que les villas et les rues de Biarritz.
À la place s'étendait un promontoire rocheux dominant l'Atlantique, entouré d'une végétation naturelle.
La ligne de côte elle-même était différente.
Pendant plusieurs milliers d'années, l'érosion marine a fait reculer les falaises. Des portions entières du réseau souterrain ont probablement disparu dans l'océan.
Les grottes que nous connaissons aujourd'hui ne sont donc peut-être que les derniers témoins d'un ensemble autrefois beaucoup plus vaste.
Sous le phare de Biarritz subsistent ainsi les traces discrètes de femmes et d'hommes qui ont vécu sur cette côte bien avant la naissance de la ville.
Leurs foyers se sont éteints depuis plus de quatre mille ans, mais les charbons, les poteries, les ossements et les coquillages conservés dans le sol permettent encore aujourd'hui de raconter une partie de leur histoire.
Bibliographie et sources
CHAUCHAT Claude, « La grotte du Phare à Biarritz, premiers résultats », Bulletin de la Société préhistorique française, tome 81, 1984, p. 343-354.
MAREMBERT Fabrice, DUMONTIER Patrice et DELFOUR Géraldine, travaux et rapports consacrés à la grotte du Phare de Biarritz et aux campagnes archéologiques de 1998 à 2000.
Service régional de l'Archéologie d'Aquitaine, bilans scientifiques régionaux concernant les opérations archéologiques menées dans la grotte du Phare.
Institut culturel basque – Euskal Kultur Erakundea, ressources consacrées au Néolithique et à la Protohistoire du Pays Basque.
Aquarium de Biarritz, documentation consacrée aux découvertes archéologiques des grottes du cap Saint-Martin.
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