Les cromlechs du Pays basque (Harrespilak)

Les cromlechs du Pays basque, appelés harrespilak en basque, constituent l'un des ensembles mégalithiques les plus remarquables d'Europe occidentale. Plus de 1 500 monuments sont aujourd'hui recensés de part et d'autre des Pyrénées, faisant du Pays basque le principal foyer de cette architecture funéraire. Contrairement aux célèbres cercles de pierres de Stonehenge ou de Carnac, les cromlechs basques sont de dimensions modestes et avaient une vocation essentiellement funéraire. Ils témoignent des croyances des communautés pastorales qui occupaient les montagnes basques il y a près de trois mille ans.

Les cromlechs d'Errenga en Navarre

L'origine du mot « cromlech »

Le mot cromlech n'est pas d'origine basque. Il provient du gallois, où crom signifie « courbe » ou « cercle » et llech « pierre plate ». Le terme, popularisé au XIXᵉ siècle par les archéologues, désigne littéralement un « cercle de pierres ».

Cette appellation est toutefois imparfaite pour les monuments basques, car elle évoque souvent les grands cercles mégalithiques britanniques, très différents des modestes monuments pyrénéens. Les spécialistes privilégient désormais le terme basque harrespil, plus représentatif de cette tradition régionale.

Le nom basque : Harrespil

En basque, ces monuments sont appelés harrespilak (singulier : harrespil).

Le terme signifie « enceinte de pierres » ou « cercle de pierres ».

Dans certaines vallées, les cromlechs sont également connus sous le nom de Jentilbaratza, le « jardin des Jentils ». Selon la mythologie basque, les Jentils étaient des géants ayant vécu dans les montagnes avant l'arrivée du christianisme. Les populations, ayant oublié la véritable fonction de ces monuments, les attribuèrent naturellement à ces êtres légendaires.

Cromlech d'Erreguelu au Baigura

Une tradition funéraire apparue à la fin de la Préhistoire

Les cromlechs ne datent pas de la même époque que les dolmens et les menhirs.

Les dolmens furent édifiés entre 4500 et 2500 avant notre ère, durant le Néolithique, tandis que les cromlechs apparaissent beaucoup plus tard, entre 1200 et 100 avant J.-C., principalement durant la fin de l'âge du Bronze et l'âge du Fer.

Ils correspondent à une nouvelle conception des rites funéraires. Les inhumations collectives pratiquées dans les dolmens sont progressivement remplacées par la crémation des défunts.

Une influence venue d'Europe centrale

Les recherches archéologiques montrent que la pratique de la crémation se diffuse en Europe occidentale à partir du XIIIᵉ siècle avant notre ère avec la culture des Champs d'Urnes, née dans la vallée du Danube.

Cette culture se répand progressivement vers la Suisse, l'est de la France, la vallée du Rhône puis le nord de la péninsule Ibérique.

Les populations des Pyrénées occidentales adoptent alors ce nouveau rite funéraire, mais elles ne copient pas les vastes cimetières de l'Europe centrale. Elles développent une architecture originale, adaptée à leur environnement montagnard : le harrespil.

Ainsi, si l'idée de la crémation est probablement venue de l'extérieur, les cromlechs basques représentent une création régionale propre aux populations des Pyrénées occidentales.

Nécropole d'Ilarrita - Iraty

Les bâtisseurs des harrespilak

Les constructeurs des cromlechs étaient des communautés de pasteurs vivant entre les vallées et les hauts pâturages.

Chaque été, les troupeaux rejoignaient les estives où étaient implantées de nombreuses nécropoles. Les défunts étaient souvent honorés dans ces espaces de montagne, témoignant de l'attachement de ces populations à leur territoire pastoral.

Cette implantation explique pourquoi la majorité des cromlechs se trouvent aujourd'hui sur les crêtes, les cols ou les plateaux d'altitude.

Les constructeurs des cromlechs étaient des communautés de pasteurs vivant entre les vallées et les hauts pâturages.

Les différents types de monuments

Les archéologues distinguent plusieurs types de monuments funéraires dans les montagnes du Pays basque. Le plus courant est le cromlech simple (harrespil), constitué d'un cercle de pierres délimitant l'emplacement d'une sépulture à incinération. On rencontre également le tumulus-cromlech, où un petit tumulus de pierres recouvre le dépôt funéraire et est entouré d'un cercle de pierres. Enfin, le tumulus simple se présente sous la forme d'un amas circulaire de pierres ou de terre, dépourvu de cercle périphérique. Ces différents monuments, souvent regroupés au sein d'une même nécropole, illustrent l'évolution des pratiques funéraires des populations pastorales entre la fin de l'âge du Bronze et l'âge du Fer.

Une fonction exclusivement funéraire

Les fouilles archéologiques réalisées depuis plus d'un siècle, notamment par José Miguel de Barandiaran et Jacques Blot, ont permis de comprendre leur véritable fonction.

Après la crémation du défunt, seuls quelques fragments d'os brûlés étaient recueillis. Ils étaient déposés dans une petite fosse ou parfois dans une ciste aménagée au centre du monument.

Autour de ce dépôt était construit un cercle de pierres matérialisant symboliquement la sépulture.

Contrairement aux dolmens, les objets funéraires sont très rares. Les harrespilak ne renfermaient généralement que quelques restes humains calcinés, parfois accompagnés de rares fragments de céramique ou de métal.

Fouille de Jacques Blot du cromlech de Méatsé à Itxassou en 1993

Une architecture simple mais parfaitement maîtrisée

Les cromlechs basques présentent une architecture particulièrement homogène.

Leur diamètre varie généralement entre 2 et 8 mètres, bien que certains atteignent une dizaine de mètres.

Le cercle est constitué de blocs de grès, de schiste, de quartzite ou de poudingue prélevés à proximité immédiate du monument. Les pierres, peu élevées, dépassent rarement 80 centimètres de hauteur.

Certains harrespilak possèdent une petite ciste centrale ou sont associés à un faible tumulus de pierres. Plus rarement, un menhir est implanté à proximité ou au centre du monument.

Cette sobriété contraste fortement avec les grands cercles mégalithiques de Grande-Bretagne.

Fouille de Jacques Blot du cromlech de Méatsé à Itxassou en 1993

Les recherches archéologiques

Les premiers inventaires remontent au XIXᵉ siècle, mais ce sont surtout les travaux de José Miguel de Barandiaran, de Jacques Blot, de Jesús Altuna et de plusieurs chercheurs français et espagnols qui ont profondément renouvelé les connaissances.

Les nombreuses fouilles réalisées au cours du XXᵉ siècle ont confirmé que les cromlechs étaient exclusivement liés aux pratiques de crémation et qu'ils appartenaient à une tradition spécifique aux Pyrénées occidentales.

Les analyses au radiocarbone ont permis de dater précisément leur utilisation entre la fin de l'âge du Bronze et l'âge du Fer.

La ciste ouverte : dépôts de charbons do bois et d'ossements calcinés.

Un patrimoine exceptionnel

Les cromlechs du Pays basque constituent un patrimoine archéologique unique en Europe. Héritiers des communautés pastorales de la Protohistoire, ils témoignent de l'évolution des croyances funéraires entre la fin de l'âge du Bronze et l'âge du Fer.

Par leur nombre, leur remarquable état de conservation et leur implantation au cœur des paysages pyrénéens, les harrespilak offrent un témoignage exceptionnel sur la vie des anciens habitants des montagnes basques. Leur étude continue aujourd'hui d'enrichir notre connaissance des sociétés protohistoriques et rappelle l'importance de préserver ces monuments, souvent discrets mais d'une valeur historique et culturelle inestimable.

Jacques Blot lors d'une fouille de cromlech dans les années 1990

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