À quelques kilomètres seulement de Sare et de Zugarramurdi, sur un plateau au pied de l'Atxuria, le dolmen de Sorohaundi, également mentionné sous la forme Soroaundi, constitue l'un des nombreux témoignages de l'occupation préhistorique de ce territoire frontalier entre le Labourd et la Navarre.
Installé dans un paysage de landes et de pâturages dominé par les reliefs d'Atxuria, le monument appartient à une remarquable concentration mégalithique comprenant dolmens, tumulus, cromlechs et menhirs. Cet ensemble témoigne d'une fréquentation des montagnes pendant plusieurs millénaires par les communautés pastorales qui occupaient les Pyrénées occidentales.
Le dolmen de Sorohaundi et l'Atxuria - Peña Plata
Un dolmen dans les montagnes du Baztan
Le dolmen de Sorohaundi se trouve sur le territoire du Baztan, en Navarre, dans le secteur d'Atxuria-Ibañeta, à proximité immédiate de Zugarramurdi et de la frontière franco-espagnole.
Le monument est établi à environ 529 mètres d'altitude, sur une zone relativement dégagée autrefois parcourue par différents chemins reliant les vallées environnantes. Il se situe notamment près de l'ancien itinéraire conduisant vers Etxalar, dans un environnement aujourd'hui largement occupé par les pâturages, les fougères et quelques secteurs boisés.
Depuis l'ensemble mégalithique du col d'Ibañeta, un ancien chemin permet de rejoindre le secteur de Sorohaundi. Un itinéraire publié pour le Baztan indique que le dolmen se trouve à une trentaine de mètres du sentier, après avoir contourné les pâturages d'Ibañeta.
Le dolmen de Sorohaundi
Un tombeau vieux de plusieurs millénaires
Comme les autres dolmens des Pyrénées occidentales, Sorohaundi appartient à la grande famille des sépultures collectives édifiées par les communautés préhistoriques.
Ces monuments apparaissent dans la région au cours du Néolithique et continuent d'être utilisés durant les périodes suivantes, notamment au Chalcolithique et à l'âge du Bronze.
Le principe architectural est relativement simple : plusieurs grandes dalles verticales étaient dressées afin de former une chambre funéraire. Celle-ci était généralement fermée par une importante dalle de couverture, puis l'ensemble était recouvert d'un amas de pierres et de terre constituant un tumulus.
La chambre accueillait les dépouilles de plusieurs individus appartenant probablement à une même communauté. Le dolmen ne constituait donc pas simplement une tombe individuelle mais un véritable monument collectif, utilisé parfois pendant plusieurs générations.
Reconstitution du dolmen de Sorohaundi tel qu’il pouvait se présenter à l’époque de sa construction, il y a plusieurs millénaires.
Les vestiges du dolmen de Sorohaundi
Aujourd'hui, le monument ne possède plus son aspect originel.
Son tumulus mesure environ 8 mètres de diamètre pour 0,90 mètre de hauteur. Au centre subsistent plusieurs dalles appartenant à l'ancienne chambre funéraire, permettant encore d'en reconnaître le plan approximativement rectangulaire.
La documentation archéologique consacrée aux monuments du Baztan décrit notamment une importante dalle occidentale ainsi que plusieurs dalles conservées au nord et au sud de la chambre. Les matériaux employés sont des grès disponibles localement, preuve que les constructeurs exploitaient directement les ressources géologiques de leur environnement.
La dalle de couverture a disparu, de même que plusieurs éléments de la chambre.
Le monument est ainsi parvenu jusqu'à nous très incomplet. L'érosion naturelle, la végétation, le passage des troupeaux mais aussi probablement la récupération ancienne de certaines pierres expliquent l'état actuel de nombreux dolmens des montagnes basques.
Le dolmen de Sorohaundi en Navarre
Une découverte de José Miguel de Barandiaran
Le dolmen de Sorohaundi fut identifié le 10 mai 1949 par José Miguel de Barandiaran, l'une des grandes figures de l'archéologie et de l'ethnographie basques.
Barandiaran consacra une grande partie de sa vie à parcourir les montagnes du Pays basque afin d'inventorier les traces laissées par les populations anciennes. Dolmens, cromlechs, tumulus, grottes et légendes populaires furent systématiquement étudiés et consignés dans ses travaux.
Sorohaundi fut ensuite publié dans le cadre de ses recherches consacrées à une excursion à Zugarramurdi et dans les montagnes du Baztan. Ces travaux mentionnaient également les dolmens d'Etxeberriko-Ardiborda et d'Ibañeta ainsi que les cromlechs d'Ibañeta.
De nouvelles mesures du monument furent réalisées le 10 juillet 2002 dans le cadre de l'établissement du catalogue mégalithique du Baztan. La documentation disponible ne mentionne aucune fouille archéologique légale du dolmen.
Atxuria-Ibañeta, une montagne couverte de mégalithes
L'intérêt de Sorohaundi dépasse largement le monument lui-même.
Il s'inscrit dans une région possédant une densité exceptionnelle de vestiges préhistoriques. Autour d'Ibañeta et d'Atxuria sont répartis de nombreux dolmens, cromlechs, tumulus et menhirs.
À moins d'un kilomètre de Sorohaundi se trouvent notamment le dolmen d'Ibañeta, les groupes de cromlechs d'Ibañeta,
Cette concentration n'est probablement pas due au hasard.
Les cols et les lignes de crête constituaient des espaces privilégiés pour les communautés pastorales. Les troupeaux pouvaient y être conduits pendant la belle saison tandis que les chemins permettaient de circuler entre les différentes vallées.
Pendant des millénaires, les mêmes passages ont ainsi relié le Baztan, Zugarramurdi, Etxalar et les territoires situés aujourd'hui du côté de Sare.
Le Col d'Ibañeta et l'Atxuria
La montagne, territoire des vivants et des morts
L'emplacement choisi pour ces monuments est particulièrement intéressant.
Les dolmens basques sont fréquemment construits sur des cols, des replats, des lignes de crête ou à proximité d'anciens passages pastoraux. Ils occupent des endroits visibles et durables dans le paysage.
Leur fonction dépassait probablement celle de simple sépulture.
En déposant leurs morts dans ces monuments de pierre, les communautés préhistoriques inscrivaient durablement leur présence dans le territoire. Les dolmens pouvaient ainsi constituer des lieux de mémoire, mais également des repères symboliques marquant l'appartenance d'un groupe à une montagne, un pâturage ou un itinéraire.
Cette relation entre pastoralisme, montagne et monuments funéraires constitue l'une des caractéristiques les plus remarquables du mégalithisme pyrénéen.
Le Pic d'Atxuria - Peña Plata
Sorohaundi, témoin des premiers montagnards
Discret au milieu des fougères et des pâturages, le dolmen de Sorohaundi pourrait facilement passer inaperçu aux yeux du promeneur.
Pourtant, ses quelques pierres racontent une histoire vieille de plusieurs millénaires.
Bien avant la naissance des villages actuels de Sare, Zugarramurdi ou Etxalar, des communautés parcouraient déjà ces montagnes avec leurs troupeaux. Elles empruntaient les cols, exploitaient les pâturages et enterraient leurs morts dans de grandes chambres de pierre.
Des siècles puis des millénaires plus tard, d'autres populations élevèrent dans les mêmes montagnes des tumulus et des cercles de pierres.
Le dolmen de Sorohaundi appartient ainsi à un immense paysage funéraire et pastoral qui s'étend de part et d'autre de l'actuelle frontière. Avec les mégalithes d'Ibañeta, il rappelle que ces montagnes furent parcourues et habitées bien avant que les frontières modernes ne viennent partager ce territoire ancestral.
Bibliographie
- BARANDIARAN, José Miguel de, Crónica de prehistoria. Excursión a Zugarramurdi y a los montes de Baztán, Eusko-Jakintza, 1950.
- BARANDIARAN, Ignacio, travaux et catalogues consacrés à la préhistoire et aux monuments mégalithiques de Navarre.
- ONDARRA, Francisco, Nuevos monumentos megalíticos en Baztán y zonas colindantes.
- RIPA, travaux d'inventaire consacrés aux monuments mégalithiques de Navarre, 1990.
- Catalogue mégalithique du Baztan – Baztango edesti aurreko oroitarriak, Trabajos de Arqueología Navarra.
- Auñamendi Eusko Entziklopedia, notice « Soroaundi ».
Ajouter un commentaire
Commentaires