Le cromlech de Sainte-Barbe à Ibarron

À proximité du quartier d’Ibarron, sur la commune de Saint-Pée-sur-Nivelle, la colline de Sainte-Barbe constitue l’un des nombreux reliefs du Labourd où les traces laissées par les populations protohistoriques côtoient encore les chemins et les pâturages.

Modeste par son altitude, la colline atteint environ 185 mètres au niveau de la croix de Sainte-Barbe. Sa situation est cependant remarquable. Elle domine la vallée de la Nivelle et offre un vaste panorama sur les montagnes basques et le littoral. Depuis ses hauteurs apparaissent notamment la Rhune, Atxuria, Alkurruntz, l’Artzamendi et le Mondarrain, tandis que vers l’ouest le regard rejoint la baie de Saint-Jean-de-Luz, Socoa et la côte basque.

Cette position dominante n’avait probablement pas échappé aux communautés qui parcouraient ces collines durant la Protohistoire. Plusieurs monuments funéraires ont en effet été recensés sur la colline et ses replats : un cromlech et au moins deux tumulus.

La colline de Sainte-Barbe à Ibarron

Le cromlech de la Croix de Sainte-Barbe

Le monument le plus remarquable se trouve pratiquement au sommet de la colline, à proximité immédiate de la croix actuelle.

Le cromlech de la Croix de Sainte-Barbe fut découvert par l’archéologue et médecin Jacques Blot en novembre 2010, dans le cadre de ses recherches consacrées aux monuments protohistoriques des montagnes basques.

Situé à 185 mètres d’altitude, le cercle de pierres se trouve à seulement 50 centimètres au sud du calvaire. Cette proximité est particulièrement étonnante : un monument chrétien occupe aujourd’hui presque exactement le même emplacement qu’une construction funéraire remontant vraisemblablement à plusieurs millénaires.

Le cromlech est de dimensions modestes. Jacques Blot y recense une trentaine de pierres, généralement très peu élevées et parfois presque au ras du sol. Elles dessinent un cercle d’environ 2,50 mètres de diamètre.

Les pierres sont particulièrement nombreuses dans les secteurs nord et sud-sud-est. Dans la partie nord-ouest du monument, Jacques Blot pensait également distinguer les ébauches de deux autres cercles, laissant envisager que le site puisse avoir comporté plusieurs structures associées. Cette interprétation doit néanmoins rester prudente en l’absence de fouilles permettant d’en confirmer l’existence.

Le cromlech et la croix de Sainte-Barbe

Une implantation qui ne doit rien au hasard

Comme de nombreux harrespilak du Pays basque, le cromlech de Sainte-Barbe occupe un emplacement particulièrement dégagé.

Les populations protohistoriques privilégiaient fréquemment les cols, lignes de crête, replats et passages pastoraux pour établir leurs monuments funéraires. Ces endroits se situaient au cœur des territoires parcourus par les communautés pastorales et leurs troupeaux.

Sainte-Barbe répond parfaitement à cette logique. La colline domine la Nivelle tout en offrant une vue étendue sur les reliefs environnants. Elle se trouve également au contact de secteurs de pâturages et de voies naturelles permettant de circuler entre la vallée et les hauteurs.

Le cromlech ne doit donc pas nécessairement être considéré comme un monument isolé. Il appartient à un paysage ancien dans lequel les lieux funéraires, les zones de pâturage et les chemins empruntés par les hommes pouvaient être étroitement liés.

La colline domine la Nivelle tout en offrant une vue étendue sur les reliefs environnants.

Les tumulus de la Croix de Sainte-Barbe

La présence protohistorique ne se limite pas au petit cercle de pierres situé près du calvaire.

Jacques Blot signale également deux tumulus associés au secteur de la Croix de Sainte-Barbe.

Le tumulus n° 2, découvert par Jacques Blot en décembre 2010, se trouve sur un replat de la ligne de crête prolongeant la colline vers l’ouest, à environ une soixantaine de mètres à l’ouest-nord-ouest d’une antenne de télécommunication.

Situé à environ 150 mètres d’altitude, il se présente sous la forme d’un tumulus pierreux circulaire de 8 mètres de diamètre et d’environ 40 centimètres de hauteur.

Jacques Blot mentionne également un tumulus n° 1 de la Croix de Sainte-Barbe, déjà connu avant la découverte du second. Celui-ci se trouve également vers 150 mètres d’altitude, dans un col situé sur la ligne de crête. Le monument, aujourd’hui difficile à distinguer sous la végétation, aurait été évité de justesse lors du passage d’engins ayant emprunté une ancienne piste pastorale.

La présence de ces différents vestiges renforce considérablement l’intérêt archéologique de Sainte-Barbe. Nous ne sommes donc pas seulement en présence d’un cromlech isolé, mais d’un petit ensemble de monuments funéraires répartis le long de la colline et de sa ligne de crête.

De la pierre protohistorique à la croix chrétienne

L’une des particularités les plus frappantes du site demeure la présence de la croix de Sainte-Barbe qui date de 1938 à seulement quelques dizaines de centimètres du cromlech.

Cette superposition entre monuments protohistoriques et signes chrétiens se rencontre ailleurs au Pays basque. Des croix, chapelles ou calvaires ont parfois été établis sur des hauteurs déjà marquées par des tumulus ou d’autres monuments beaucoup plus anciens.

Il serait néanmoins hasardeux d’y voir automatiquement une volonté de christianiser d’anciens lieux sacrés. Dans bien des cas, les hauteurs et les carrefours constituent simplement des emplacements privilégiés pour dresser une croix, tout comme ils avaient été choisis des siècles auparavant pour établir des monuments funéraires.

À Sainte-Barbe, cette proximité offre cependant une image saisissante de la longue occupation symbolique du paysage : à quelques centimètres de distance se côtoient aujourd’hui un cercle de pierres protohistorique et une croix chrétienne.

Le cromlech et la croix de Sainte-Barbe

Bibliographie et sources

  • Blot, Jacques, Inventaire des monuments protohistoriques en Pays Basque de France, travaux et inventaires consacrés aux dolmens, tumulus, cromlechs et monolithes du Pays basque nord. Les recherches menées pendant près de cinquante ans constituent aujourd’hui une documentation majeure sur la Protohistoire basque.
  • Blot, Jacques, « Saint-Pée-sur-Nivelle », Archéologie et montagne basque, 11 juillet 2011. Inventaire comprenant notamment le cromlech de la Croix de Sainte-Barbe et les tumulus recensés sur la commune.
    Consulter l’inventaire de Jacques Blot
  • Université de Pau et des Pays de l’Adour – Fonds Jacques Blot, « Saint-Pée-sur-Nivelle – Croix-de-Sainte-Barbe – Cromlech », Collection patrimoniale numérisée du fonds Jacques Blot. Notice archéologique précisant la localisation, les dimensions, la description et la découverte du monument en novembre 2010.
    Consulter la fiche du cromlech de Sainte-Barbe
  • Université de Pau et des Pays de l’Adour, Monuments protohistoriques en Pays Basque de France – Collection patrimoniale numérisée du fonds Jacques Blot. Cette base rassemble plus de 1 600 notices de monuments et près de 4 600 documents iconographiques concernant principalement le Labourd, la Basse-Navarre et la Soule.
    Collection numérique Jacques Blot – UPPA

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Commentaires

Michel Morra
il y a 5 jours

Quel dommage , il ni a pas grand chose à voir