Les menhirs du Pays basque, mystérieux témoins de la Préhistoire

Discrets et souvent méconnus, les menhirs du Pays basque constituent de précieux témoignages des sociétés préhistoriques qui occupaient les montagnes et les vallées de notre territoire. Contrairement aux imposantes pierres dressées de Bretagne, les menhirs basques sont généralement plus modestes. Certains se dressent encore au milieu des pâturages, tandis que d’autres, renversés par le temps, reposent à même le sol, parfois difficiles à distinguer de simples blocs naturels.

Ces monuments mégalithiques sont constitués d'une pierre unique, généralement prélevée à proximité, puis dressée verticalement et stabilisée dans le sol. Leur origine peut remonter au Néolithique, mais leur datation demeure souvent incertaine. Leur fonction exacte suscite toujours de nombreuses interrogations. Servaient-ils de repères territoriaux, de lieux de rassemblement, de symboles religieux ou de marqueurs liés aux pratiques pastorales ? Plusieurs hypothèses ont été avancées, sans qu'une interprétation unique puisse être retenue.

L'archéologue Jacques Blot (1933-2021) a joué un rôle essentiel dans la connaissance de ces monuments. Médecin de profession et passionné d'archéologie, il a consacré plus de cinquante années à parcourir les montagnes du Labourd, de la Basse-Navarre et de la Soule, dans le prolongement des recherches de José Miguel de Barandiaran. Ses prospections ont permis de découvrir, d'étudier et de répertorier de très nombreux vestiges mégalithiques.

Dans son étude intitulée Les Monolithes en Pays Basque de France, publiée en 1980 dans la revue Kobie, Jacques Blot s'intéresse particulièrement à ces pierres isolées. Il souligne leur relative rareté parmi les monuments alors identifiés et les difficultés rencontrées pour déterminer leur ancienneté et leur signification. Il envisage notamment que certaines pierres aient servi de bornes territoriales ou de points de rassemblement pour les communautés pastorales, particulièrement autour des pâturages et des points d'eau. Cette interprétation demeure toutefois une hypothèse.

Parmi les monuments étudiés figurent le monolithe de Gastenbakarre, sur les hauteurs de Sare, ainsi que plusieurs pierres découvertes dans le secteur de l'Artzamendi et du col de Méatsé, à Itxassou. Plus à l'intérieur des terres, le menhir d'Armiague, près de Mendive, illustre l'intérêt de ces vestiges. Les recherches archéologiques récentes suggèrent que cette pierre dressée pourrait remonter au Néolithique moyen, plusieurs millénaires avant notre ère.

Les travaux de Jacques Blot ont ainsi contribué à révéler un patrimoine longtemps ignoré. Ils rappellent que les montagnes basques ne furent pas seulement des espaces de passage et de pâturage, mais aussi des territoires fréquentés, aménagés et investis d'une valeur symbolique par les populations anciennes.

Aujourd'hui encore, ces pierres silencieuses continuent d'interroger les archéologues. Dressées face aux montagnes ou couchées dans les fougères, elles témoignent d'une histoire plusieurs fois millénaire, dont une grande partie reste à découvrir.

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