Le Dolmen d'Armiague

Sur le bord de la route reliant Mendive à Ahusquy, dans la vallée d'Hergaray, se trouve un monument discret vieux de plusieurs millénaires : le dolmen d’Armiague. Entouré de pâturages d’altitude, de landes sauvages et de vastes panoramas,, ce site mégalithique rappelle qu’avant les villages, les routes modernes et les frontières, ces montagnes étaient déjà fréquentées par des communautés humaines organisées.

Ce monument funéraire, datant du Néolithique final il y a environ 4 000 à 5 000 ans, témoigne de l’ancienne occupation humaine des crêtes basques et de la présence de populations pastorales vivant déjà au rythme de la montagne.

Le dolmen d’Armiague est signalé dès 1922 par le comte de Marien. Par la suite, le père José-Miguel de Barandiaran, puis l’archéologue Jacques Blot, mentionnent à leur tour l’existence du monument, respectivement dans les années 1950 et les années 1970.

Entre 2015 et 2020, plusieurs études archéologiques sont menées dans le secteur avec le soutien de l’Université Populaire du Pays Basque, du Service régional de l’Archéologie et des communes de la vallée. Ces recherches permettent de mieux connaître les mégalithes de la région et, en particulier, le dolmen d’Armiague, qui fait l’objet de deux campagnes de fouilles archéologiques.

Le Dolmen d'Armiague et la route de Mendive à Ahusquy

Un menhir transformé en dolmen ?

Si le monument se présente aujourd’hui sous la forme d’un dolmen, les fouilles ont révélé une histoire probablement plus complexe. Les archéologues estiment en effet qu’à l’origine, une seule grande pierre aurait été dressée verticalement, constituant ainsi un menhir.

Dans un second temps, les hommes auraient utilisé cette pierre pour édifier une sépulture mégalithique. L’ancien menhir serait alors devenu le chevet, c’est-à-dire la dalle placée au fond de la chambre funéraire.

Cette imposante pierre mesure près de 2,30 mètres de hauteur et son poids est estimé à environ 3,5 tonnes. Elle est constituée d’un grès gris clair, probablement extrait à seulement quelques centaines de mètres du site.

Avec son sommet fusiforme et sa base amincie, la dalle présente une silhouette qui peut évoquer une forme humaine, particularité qui renforce encore l’originalité du monument. À voir aussi l'article sur Le menhir d'Armiague.

Le Dolmen d'Armiague

La construction du dolmen

Les côtés de la chambre funéraire sont constitués de grandes pierres dressées appelées orthostates. Elles sont formées de grès brun-gris provenant, elles aussi, des environs immédiats.

La dalle située au nord est aujourd’hui fracturée. Celle placée au sud est en revanche mieux conservée et semble avoir gardé des dimensions proches de celles d’origine. Son poids est estimé à près de deux tonnes.

Après avoir aménagé la chambre funéraire, les bâtisseurs ont disposé sur ses côtés et à l’arrière une couche de petits graviers d’environ trente centimètres d’épaisseur. Ils ont ensuite construit le tumulus, ou cairn, destiné à envelopper et protéger la sépulture.

Celui-ci était délimité par un muret de parement. L’espace compris entre ce muret et la chambre était rempli de petits blocs de grès rose, formant ainsi la masse du monument.

La grande dalle horizontale qui recouvrait autrefois la chambre, appelée table de couverture, a aujourd’hui disparu.

Les découvertes archéologiques

Les fouilles du dolmen d’Armiague ont également permis de mettre au jour plusieurs objets témoignant aussi bien de sa construction que de son utilisation funéraire.

Les archéologues ont notamment découvert des outils de carriers en pierre, probablement employés lors de l'aménagement du monument. Des vestiges liés aux dépôts funéraires ont également été retrouvés, parmi lesquels des fragments de vases en céramique ainsi que plusieurs outils en silex, notamment de petites lames.

Ces découvertes montrent que le dolmen d’Armiague ne constitue pas seulement une imposante construction mégalithique. Son évolution possible, d’un menhir isolé vers une sépulture collective, témoigne également des transformations des pratiques et des croyances des communautés préhistoriques qui occupaient les montagnes du Pays basque.

Le Dolmen d'Armiague

Le Dolmen d'Armiague

Bibliographie – Dolmen d’Armiague et mégalithisme basque

Études et rapports scientifiques sur le dolmen d’Armiague

  • MARTICORENA, Pablo. Vallée d’Hergaray, dolmens d’Armiague et de Xuberaxain Harria. Bilan scientifique régional, DRAC Nouvelle-Aquitaine, 2021. Disponible sur OpenEdition.
  • MARTICORENA, Pablo. Mégalithisme et territoires dans les Pyrénées nord-occidentales. ADLFI Archéologie de la France Informations, 2024.
  • MARTICORENA, Pablo ; VASSILIEFF, Svetlana ; MENS, Emmanuel ; BICHOT, Francis ; COUSSEAU, Florian. « Le dolmen d’Artxuita (Irouléguy, Pyrénées-Atlantiques), un caussenard condamné par les campaniformes ? ». Bulletin de la Société Préhistorique Française, tome 122, n°2, 2025, p. 293-296.
  • MARTICORENA, Pablo. Curriculum Vitae scientifique et opérations archéologiques sur les dolmens du Pays basque. Academia.edu.

Ouvrages généraux sur le mégalithisme et la préhistoire basque

  • BARANDIARAN, José Miguel de. El Hombre prehistórico en el País Vasco. Buenos Aires : Ekin, 1953.
  • BARANDIARAN, Ignacio. Historia General de Euskalerria. Prehistoria : Paleolítico. Saint-Sébastien : Auñamendi, 1988.
  • Blot Jacques. Archéologie et montagne Basque : Elkar, 1993
  • EBRARD, Dominique. Les dolmens du Pays basque nord. Travaux et recherches sur le mégalithisme pyrénéen, 1993.
  • CHAUCHAT, Claude. Les industries préhistoriques de la région de Bayonne, du Périgordien ancien à l’Asturien. Thèse de 3e cycle, Université de Bordeaux I, 1968.
  • CHAUCHAT, Claude. « Jalons préhistoriques ». In : Le Pays de Cize. Baigorri : Izpegi, 1991, p. 37-44.
  • Pablo Marticorena et Emmanuel Mens. Mégalithes du Pays Basque, pierres de pouvoir au temps des premiers paysans. Arteaz. 2026

PASSEMARD, Ernest. Les Stations Paléolithiques du Pays Basque et leurs relations avec les terrasses d’alluvions. Bayonne : Imprimerie Bodiou, 1924.

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