L'enceinte de Zerkupe est un important site archéologique situé sur la commune de Saint-Michel (Eiheralarre), dans les Pyrénées-Atlantiques, à une dizaine de kilomètres au sud de Saint-Jean-Pied-de-Port. Elle occupe le sommet d'un éperon rocheux culminant à environ 1 085 mètres d'altitude, à proximité de l'ancienne voie reliant la vallée de Cize au col de Roncevaux. Cette position offre un vaste panorama sur les vallées environnantes et permet de contrôler les principaux itinéraires traversant les Pyrénées.
Le relief constitue en lui-même une excellente défense naturelle. Les falaises protègent une grande partie du sommet, tandis que les secteurs les plus accessibles ont été renforcés par des remparts de pierre et de terre. Ce choix d'implantation témoigne d'une parfaite adaptation des bâtisseurs à la topographie de la montagne.
Les premières observations de Zerkupe remontent aux années 1970, lorsque le général Francis Gaudeul entreprend un vaste inventaire des enceintes protohistoriques du Pays basque. Intrigué par les structures visibles au sommet, il lance plusieurs campagnes de fouilles entre 1980 et 1984 afin de comprendre la nature et l'histoire de cette fortification. Ces recherches constituent encore aujourd'hui la principale source d'information sur le site.
Les fouilles ont montré que Zerkupe n'est pas un simple ouvrage militaire construit en une seule fois. Il s'agit au contraire d'un lieu occupé, abandonné puis réutilisé à plusieurs reprises pendant plus de quatre millénaires.
Le rocher de Zerkupe
Les vestiges les plus anciens remontent au Néolithique final. Les archéologues ont découvert plusieurs outils en silex, notamment un couteau à dos et différents éclats taillés. Ces objets montrent que le sommet était déjà fréquenté par des groupes humains plusieurs milliers d'années avant notre ère. Cette première occupation semble toutefois limitée et probablement liée à des activités pastorales ou à une surveillance du territoire.
C'est au cours du Bronze ancien et surtout du Bronze moyen que Zerkupe connaît son développement principal. Les fouilles ont révélé une véritable enceinte fortifiée, protégée par un rempart épousant la forme du sommet.
Les archéologues y ont mis au jour plusieurs découvertes remarquables :
- deux urnes funéraires en terre cuite ;
- des fragments de céramiques ;
- une perle en bronze ;
- des foyers et niveaux d'occupation ;
- des restes de charbon ayant permis d'effectuer des datations au carbone 14.
L'enceinte fortifiée de Zerkupe
Après plusieurs siècles d'abandon, Zerkupe est de nouveau fréquenté au Moyen Âge puis à l'époque moderne.
Les fouilles ont livré un abondant mobilier militaire :
- pointes de lance ;
- fers de javelot ;
- carreaux d'arbalète ;
- boulets et balles de mousquet ;
- nombreux clous forgés.
Les archéologues ont également découvert plusieurs monnaies provenant de Navarre, d'Aragon et du Portugal, datées principalement des XVe et XVIe siècles. Ces objets montrent que le sommet fut utilisé comme position défensive ou poste de surveillance lors des conflits qui opposèrent les royaumes voisins autour des passages pyrénéens. Le site de Zerkupe fut probablement réoccupé à plusieurs reprises jusqu'au XIXᵉ siècle, notamment lors des guerres franco-espagnoles et des conflits napoléoniens. Sa position stratégique, dominant les voies de passage entre la vallée de Cize et les Pyrénées, en fit un point d'observation et de défense privilégié. C'est dans ce contexte que fut aménagée, à proximité immédiate, la redoute de Château-Pignon, un ouvrage militaire destiné à renforcer le contrôle de ce secteur frontalier. L'association de l'ancienne enceinte protohistorique et de cette fortification plus récente illustre la permanence de l'intérêt stratégique de ce sommet au fil des siècles.
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