Avec ses 897 mètres d'altitude, le Baigura est l'un des sommets les plus emblématiques du Pays basque. Situé à la frontière naturelle entre le Labourd et la Basse-Navarre, il domine les vallées de la Nive et de l'Arberoue. Sa silhouette arrondie, visible depuis une grande partie du Pays basque, en fait un repère familier pour les habitants comme pour les randonneurs.
Le massif s'étend principalement sur les communes d'Hélette (Heleta), Mendionde (Lekorne), Louhossoa (Luhuso), Macaye (Makea) Ossès (Ortzaize) et Bidarray (Bidarrai). Grâce à sa position centrale, le Baigura offre un panorama exceptionnel qui s'étend, par temps clair, jusqu'aux plus hauts sommets de la chaîne des Pyrénées.
Aujourd'hui très apprécié pour la randonnée, le parapente et le pastoralisme, le Baigura est aussi une montagne profondément marquée par plusieurs millénaires d'histoire humaine.
Le massif du Baigura depuis l'Ursuia
L'origine du nom Baigura
L'origine du toponyme Baigura fait encore l'objet de discussions parmi les spécialistes de la langue basque.
L'explication la plus largement retenue rattache ce nom à ibai, qui signifie « rivière » ou « vallée », associé à gura, interprété comme « extrémité », « limite » ou « bout ». Le nom désignerait ainsi « l'extrémité de la vallée » ou « le bout de la vallée de la rivière », une appellation qui correspond bien à la position dominante du massif entre plusieurs vallées importantes.
Comme beaucoup de toponymes basques très anciens, Baigura est probablement hérité d'une époque où le relief constituait le principal repère géographique des populations pastorales.
Le massif du Baigura depuis Macaye
Une montagne née il y a plusieurs centaines de millions d'années
Le Baigura appartient aux reliefs les plus anciens du Pays basque. Contrairement aux massifs calcaires des Arbailles ou de la Haute-Soule, il repose sur un socle constitué de roches formées entre 300 et plus de 500 millions d'années, bien avant la naissance des Pyrénées.
Le massif est essentiellement composé de schistes, de quartzites, de grès et de diverses roches métamorphiques appartenant à l'ancien massif hercynien. Ces terrains furent ensuite soulevés lors de la formation de la chaîne pyrénéenne, il y a environ 50 millions d'années.
L'érosion a progressivement modelé les formes douces et arrondies qui caractérisent aujourd'hui le Baigura. Les vastes croupes herbeuses, les affleurements rocheux et les sols acides ont favorisé le développement de landes à bruyères, de fougères et de tourbières, offrant un environnement idéal au pastoralisme.
Le massif possède également d'importants gisements de kaolin, une argile blanche issue de l'altération naturelle des feldspaths. Exploitée jusqu'au XXᵉ siècle pour la fabrication de la porcelaine et de la céramique, cette ressource témoigne de la richesse géologique du Baigura.
Les crêtes du Baigura
Une montagne fréquentée depuis la Préhistoire
Bien avant les premiers villages, le Baigura était déjà parcouru par les populations préhistoriques.
Les vastes pâturages d'altitude constituaient des espaces privilégiés pour l'élevage saisonnier dès la fin de la Préhistoire. Les bergers y conduisaient leurs troupeaux pendant les mois d'été, suivant un mode de vie pastoral qui perdurera jusqu'à nos jours.
Cette fréquentation ancienne est attestée par la présence de nombreux monuments mégalithiques répartis sur les crêtes du massif. Ils témoignent d'une occupation régulière entre la fin de l'âge du Bronze et le début de l'âge du Fer, soit entre environ 1200 et 700 avant notre ère.
Le Baigura s'inscrit ainsi dans le vaste ensemble mégalithique des Pyrénées occidentales, où plusieurs milliers de monuments sont aujourd'hui recensés.
Les cromlechs du Baigura
Le patrimoine archéologique du Baigura est particulièrement remarquable grâce à la présence de nombreux cromlechs, appelés harrespilak en basque.
Ces monuments prennent la forme de cercles constitués de petites pierres dressées, généralement de 3 à 8 mètres de diamètre, délimitant un espace funéraire.
Les différents groupes de cromlechs occupent les lignes de crête et les replats dominant les vallées environnantes, selon une implantation caractéristique des montagnes basques.
Les fouilles archéologiques menées au cours des années 1980 ont révélé, au centre de plusieurs cromlechs, de petites fosses ou des coffres de pierres contenant des charbons de bois, des fragments d'ossements humains calcinés ainsi que des restes de crémations.
Ces découvertes ont confirmé que les harrespils constituaient des monuments funéraires destinés à accueillir les dépôts cinéraires des communautés pastorales de la Protohistoire.
Contrairement aux dolmens, qui servaient de sépultures collectives durant le Néolithique, les cromlechs correspondent à une évolution des pratiques funéraires marquée par la généralisation de la crémation.
Cromlech d'Erregelu et sommet du Baigura 897m
Les recherches archéologiques
Le massif du Baigura a attiré très tôt l'attention des chercheurs.
Les premières mentions de ses monuments remontent au XIXᵉ siècle, mais ce sont surtout les travaux réalisés au XXᵉ siècle qui ont permis de mieux comprendre leur fonction. Plusieurs campagnes de prospection et de fouilles ont permis de recenser un nombre important de monuments mégalithiques répartis sur les crêtes et les cols du massif.
Les recherches conduites notamment par Jacques Blot, spécialiste des mégalithes des Pyrénées occidentales, ont mis en évidence la richesse archéologique du Baigura et confirmé que ses cromlechs s'intègrent dans un vaste ensemble culturel couvrant le Labourd, la Basse-Navarre, la Soule et la Navarre.
Aujourd'hui encore, certaines structures demeurent peu étudiées, laissant entrevoir de nouvelles découvertes sur les pratiques funéraires et l'organisation des sociétés pastorales protohistoriques.
Une montagne façonnée par le pastoralisme
Depuis des siècles, les pentes du Baigura accueillent les troupeaux de brebis, de vaches et de pottok, les petits chevaux emblématiques du Pays basque.
Le pastoralisme a profondément modelé les paysages actuels. Les vastes landes, les pelouses d'altitude et les chemins empruntés chaque été sont les héritiers d'une activité ancestrale qui remonte à la Préhistoire.
Cette continuité entre les populations protohistoriques et les bergers d'aujourd'hui constitue l'une des caractéristiques les plus remarquables du massif. Les anciens monuments mégalithiques côtoient toujours les cayolars, les enclos et les sentiers de transhumance, illustrant la permanence de l'occupation humaine sur cette montagne.
Depuis des siècles, les pentes du Baigura accueillent les troupeaux de brebis, de vaches et de pottok
Bibliographie
- Jacques Blot, Artzainak.
- Jacques Blot, Archéologie et Montagne Basque
- Jean-Baptiste Orpustan, Nouvelle toponymie basque..
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